de Mohamed Hassini
Date de sortie : 2009 | Durée : 120 min

Extrait d'un article sur le film:
"Le film de Hassani nous fait étrangement penser aux paroles de Michel Foucault dans «Les Mots et les choses» au sujet de la mort de l’homme. Michel Foucault entendait la mort de l’homme au sens figuré, bien entendu. Peut-être en sera-t-il de même de cet homme marocain dont parle «Two Lakes of tears», pris dans ses contradictions et dans ses arbitraires violents. Peut-être que les hommes marocains vivraient mieux si mourrait en eux cet «homme» qui les amène à avoir avec le sexe féminin des rapports conflictuels, méprisants, machistes, agressifs, maladroits, tendus. Au nom de quoi un homme - de par sa simple nature d’homme - a-t-il le droit d’agresser une femme verbalement ou physiquement pour lui imposer des normes sociales qu’il est le premier à ne pas respecter ? Au nom de quoi exige-t-on d’avoir des femmes vierges au mariage alors que non seulement soi-même on ne l’est plus mais qu’on a déjà pris «possession» - pour reprendre une formule forte de Abdellah Taïa - de plusieurs corps. Au nom de quoi impose-t-on ces visions binaires divisant les femmes en deux : d’un côté les «respectables», avec qui on cherche à se marier et de l’autre les «putains», avec lesquelles on s’est bien amusé avant le mariage. Larby n’a pas de réponse à ces questions. Toutefois, la profondeur et la mutation de mentalité de ce personnage, qui brutalise violement sa sœur mais qui l’aime aussi énormément et qui se rend compte de ses erreurs, est le point fort du film. Bien évidemment, il faut arrêter avec les critiques du type «notre société marocaine est influencée par l’Occident» et «qu’il faut respecter nos coutumes, nos traditions». C’est ce type d’arguments extrêmement simplistes que le film déconstruit de manière magistrale. Comme le montre aussi «Amours voilés», aimer quelqu’un, avoir envie physiquement de son corps, de son sourire, de ses lèvres, n’est pas l’apanage d’une «civilisation» particulière. Vouloir rompre avec une tradition trop contraignante, surtout quand on a seize ans. Vouloir brûler les étapes, vouloir foncer, vouloir être libre. Ce n’est pas le privilège et la destinée des sociétés occidentales, qui elles-mêmes sont composites, fragmentaires, possèdent leur part de moralisme religieux et leurs traditions parfois oppressantes. Vouloir être libre, plein de vie, d’espoirs et de rêves, malgré les difficultés qui nous attendent, n’est-ce pas là quelque chose d’universel qui, par-delà les frontières, concerne les jeunes du monde entier, y compris les Marocains ? Contrairement à «Casanegra», qui s’est un peu trop vite auto-proclamé comme étant un «miroir» posé devant Casablanca, censé lui renvoyer son image, «Two Lakes of tears» semble bel et bien être un reflet - certes déformant - de la réalité sociale du Maroc mais dans lequel beaucoup de jeunes marocains verront peut-être une partie de leur existence. Puis il y a le sourire que Nadia Ould Hajjaj lance à son amoureux, avec la mer et le beau ciel de Tanger en arrière plan. Superbe !"
Note moyenne :
(3 notes)
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