"A 15H55 (06H55 GMT), nous avons reçu un rapport de la centrale indiquant qu'une fumée grise s'échappait du toit du réacteur 3. Nous avons ordonné l'évacuation des ouvriers qui se trouvaient à proximité", a annoncé l'opérateur du site, Tokyo Electric Power (Tepco).
Cette émanation s'est arrêtée peu après 18H00, a déclaré ensuite l'Agence de sûreté nucléaire, qui a fait état en revanche d'une autre fumée, blanche cette fois, s'échappant du réacteur 2 à partir de 18H20.
L'Agence n'a pas été en mesure d'expliquer l'origine de ces fumées.
Le directeur général de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, s'est voulu rassurant, déclarant lundi n'avoir Aucun doute sur le fait que la crise nucléaire au Japon sera "surmontée efficacement".
L'AIEA "travaille avec tous ses moyens, en coopération avec d'autres pays et d'autres organisations internationales, pour aider le Japon à mettre un terme à la crise et à en réduire les effets le plus possible", a déclaré le diplomate japonais à l'ouverture d'une réunion extraordinaire du conseil des gouverneurs de l'Agence à Vienne consacrée à la crise nucléaire au Japon.
"Et je n'ai Aucun doute que la crise sera surmontée efficacement", a-t-il ajouté. La situation reste "très sérieuse" sur le site de la centrale de Fukushima 1, a-t-il toutefois ajouté.
Les Etats-Unis ont de leur côté aussi relativisé la gravité de ces fumées. L'Autorité américaine de régulation nucléaire (NRC) a estimé que la situation "semble stable pour les réacteurs 1, 2 et 3 (...) grâce à l'injection d'eau de mer pour les refroidir".
Un responsable de la NRC a toutefois reconnu que "de la fumée grise s'était échappée du réacteur 3" lundi, provoquant une évacuation du personnel. "La cause de cette fumée n'est pas connue mais nous savons qu'il n'y a pas augmentation de la température ni de la radioactivité".
La NRC a répété que les détecteurs de radioactivité de l'Agence américaine de protection de l'environnement EPA) n'avaient "pas enregistré de niveau inquiétant de radiations" aux Etats-Unis. "Il n'y a pas de raison de s'inquiéter aux Etats-Unis d'émissions radioactives venant du Japon", a dit le responsable de la NRC.
Il s'agit des premiers incidents notables signalés depuis mercredi dernier dans la centrale de Fukushima Daiichi (N°1) , sévèrement endommagée par le séisme et le tsunami du 11 mars.
Le réacteur 3 est au Centre des préoccupations depuis plusieurs jours. Gravement touché par une explosion qui a soufflé la partie supérieure du bâtiment, il est chargé de combustible MOX, un mélange d'oxydes d'uranium et de plutonium, dont les rejets sont particulièrement nocifs.
A ce jour, les six réacteurs de la centrale ont été connectés à l'alimentation électrique, mais les équipements doivent être testés par les techniciens avant d'être alimentés, pour éviter un court-circuit. Selon la télévision publique NHK, ces vérifications pourraient encore prendre deux à trois jours.
Le système de refroidissement du seul réacteur 5, à l'arrêt pour maintenance lors du séisme et qui n'a pas subi d'explosion, fonctionnait normalement lundi.
L'Agence de sûreté nucléaire a annoncé dans un premier temps que La salle de contrôle du réacteur 2 pourrait rapidement être remise en service, avant de concéder que cette opération pourrait être retardée à cause de la fumée au réacteur 3.
En attendant la remise en service des équipements de la centrale, les soldats et les pompiers ont continué dans la matinée à asperger les réacteurs au canon à eau, afin de refroidir le combustible et éviter le rejet de quantités importantes de radioactivité dans l'atmosphère.
Ils ont toutefois dû suspendre leurs opérations après l'apparition des fumées.
La population restait en alerte, notamment les 35 millions d'habitants de la région de Tokyo qui craignaient que le vent du Nord soufflant sur la centrale ne charrie des substances radioactives jusque dans la Capitale, 250 km au sud-ouest.
Le gouvernement a tenté de rassurer, répétant que le niveau de radioactivité présent dans la pluie, l'eau du robinet, ou dans certains aliments autour des réacteurs endommagés par le séisme et le tsunami ne menaçait pas la santé.
Il a néanmoins décidé d'interdire la vente des épinards et du kakina, un légume à feuilles vertes japonais, cultivés dans quatre préfectures proches de la centrale (Ibaraki, Tochigi, Gunma et Fukushima), et du lait produit à Fukushima.
De son côté, l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) a prévenu lundi que les rejets radioactifs à Fukushima sont "importants" et source d'une contamination locale que le Japon "aura à traiter pendant des dizaines et des dizaines d'années".
Les rejets radioactifs de la centrale japonaise "sont d'ores et déjà importants, ces rejets continuent. Il faut donc s'attendre à ce que le Japon ait à gérer durablement les conséquences de rejets importants sur son territoire, c'est un problème que le Japon aura à traiter pendant des dizaines et des dizaines d'années", a souligné le président de l'ASN, André-Claude Lacoste, lors d'un point de presse.
Ces rejets sont liés d'une part aux "décompressions volontaires" - des émissions de vapeurs contenant des particules radioactives - destinées à faire baisser la pression dans les réacteurs accidentés pour éviter que l'enceinte qui les entoure ne soit endommagée. Et d'autre part à "des fuites" dont l'origine est encore imprécise, selon l'ASN.
Etant donné l'ampleur de ces rejets, "les dépôts de particules radioactives au sol seront importants" autour de la centrale, a prévenu Jean-luc Godet, directeur à la direction des rayonnements ionisants et de la santé (ASN).
"Compte-tenu de la météo, il est probable que des contaminations aient eu lieu au-delà, jusqu'à une centaine de kilomètres", selon M. Godet.
L'ASN ne dispose que "d'informations très parcellaires sur la contamination des denrées alimentaires" mais certaines "montrent que des végétaux ont été contaminés", a-t-il dit.
Le gouvernement japonais a en outre annoncé lundi que Fukushima Daiichi serait définitivement fermée après le règlement de la crise. Selon le journal Asahi Shimbun, Tepco prévoit une dizaine d'années de travail pour démanteler complètement la centrale, en raison du niveau élevé des radiations.
Sur la côte Pacifique du nord-est, dévastée par un énorme séisme de magnitude 9 et par un tsunami de plusieurs mètres de haut, les sauveteurs poursuivaient leurs efforts, malgré des pluies en matinée, pour tenter de retrouver des survivants, bien que les espoirs soient quasiment nuls dix jours après la catastrophe.
Le bilan, toujours provisoire, approchait les 22.000 morts et disparus, dont 8.649 décès confirmés par la police.
Le mauvais temps a aussi contraint le Premier ministre Naoto Kan à renoncer à une visite dans la ville meurtrie d'Ishinomaki, où ont été miraculeusement retrouvés dimanche une femme de 80 ans et son petit-fils de 16 ans, après neuf jours passés sous les décombres de leur cuisine à se nourrir de yaourts, de gâteaux, d'eau et de sodas.
La Banque mondiale a par ailleurs estimé que le coût du séisme et du tsunami serait compris entre 122 et 235 milliards de dollars, soit entre 2,5 et 4% du Produit intérieur brut annuel de la troisième puissance économique mondiale.
Elle a ajouté que la croissance du pays serait affectée négativement jusqu'en milieu d'année, avant que les efforts de reconstruction ne dopent l'activité à partir du second semestre.